Les MES et l’industrie du futur

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Dans le cadre d’une interview pour le Média IT Shaker, Pierre Bornand, Dirigeant d’Alpha-3i et expert MES a partagé sa vision autour de l’industrie du futur. Retour sur l’interview réalisée par Clothilde Cambournac, Product Manager.

Comment définiriez-vous l’usine du futur ?

La notion d’usine du futur recoupe deux terminologies. La théorie selon laquelle le numérique va relier le consommateur à l’usine, et le progrès qui rend la technologie accessible au champ d’application de l’Industrie comme l’impression 3D, les robots collaboratifs, la réalité augmentée, le machine learning, le RFID… L’accumulation de ces nouveaux outils digitaux a créé cette notion plus générale d’Industrie 4.0.

Qu’apporte le MES pour l’industrie 4.0 ?

Historiquement, le MES est le “bras droit” de l’ERP pour suivre l’exécution de l’ordre de fabrication dans l’usine. À l’origine, le MES correspondait à une logique d’acquisition d’informations au sein de l’usine pour savoir où elle en est dans la fabrication.

Avec l’Industrie 4.0, le MES est dorénavant chargé de rediffuser ces informations dans une logique de synchronisation.

La difficulté réside de fait dans cette synchronisation de l’ensemble des applications. Prenons l’exemple de l’iOT, avec un capteur de température intégrée à une machine qui auparavant donnait une simple information non exploitée. Or, aujourd’hui, une donnée n’a pas de valeur sans contexte… Le MES sert à apporter de la valeur dans un contexte, car l’intérêt de l’Industrie 4.0 est de réussir à connecter les technologies entre elles et à l’ERP pour les faire communiquer et assurer une cohérence à l’ensemble.

Le MES constitue t’il une brique indispensable de l’industrie 4.0 ?

Le MES permet de réduire la fracture entre le monde de l’informatique de gestion et celui de la production. À l’ère de l’Industrie 4.0 et de technologies aussi poussées qu’intéressantes, cet ensemble nécessite un véritable chef d’orchestre, rôle que l’ERP ne peut remplir.

De la même manière, aller du consommateur à la ligne de fabrication n’est pas possible sans ERP. L’un et l’autre ont donc leur place, surtout dans les nouvelles organisations. Car ce n’est pas l’ERP qui permet la connexion à l’iOT. L’essence même du MES est d’assurer à la fois la communication et la cohérence entre les outils, ayant donc une place centrale dans l’usine 4.0.

Existe t-il des limites / des contraintes au MES ?

Comme dans tout type de projet numérique, des contraintes demeurent dans les nouvelles organisations, comme la connectivité avec les machines ou les technologies connectées entre l’usine et l’ERP. De fait, nous verrons de moins en moins d’outils isolés, car là est la valeur ajoutée. Pour preuve, le MES seul ne peut permettre de tendre vers l’Industrie du futur.

Concernant les limites, je suis plus optimiste, car les technologies progressent rapidement, les rendant contournables. Le progrès rend plus accessibles certaines technologies, réduit les coûts et repousse les limites d’hier.

Qu’en est-il de la digitalisation de l’atelier ?

L’industrie compte historiquement deux catégories d’entreprises :

Les entreprises ayant des procédés très automatisés contraints par une réglementation spécifique qui implique une traçabilité par exemple, ont une présence numérique forte. L’automatisation surveille ainsi de près la productivité au plus proche de la fabrication.

Les organisations dont les process manufacturés sont plus classiques avec un mix opérateur / machine ont une présence numérique plus faible, mais elles évoluent par la mise en place d’outils numériques qui aident l’opérateur dans son activité quotidienne.

À mon sens, les progrès les plus spectaculaires sont en train de s’opérer dans les organisations où la présence humaine est requise. Cette 4ème révolution industrielle replace l’humain au centre car le digital apporte de l’aide concrète à l’homme dans l’atelier, comme le robot collaboratif ou la réalité augmentée pour guider l’opérateur dans son travail.

Pourriez-vous nous citer les facteurs de réussite d’un projet MES ?

J’en retiens deux essentiels :

  • La solution choisie doit couvrir le besoin par une couverture fonctionnelle large. Chez Alpha 3i, nous conseillons de mettre en place le minimum de spécifiques possible. L’offre technique et l’outil doivent permettre de couvrir un maximum de spécifications du projet.
  • L’équipe projet, côté intégrateur et côté client. L’accompagnement de l’intégrateur et la capacité de l’équipe à promouvoir et gérer son projet en interne, créant ainsi une réelle dynamique.

Les plus belles réussites ne sont pas forcément liées à la maîtrise de l’outil, mais plutôt à la capacité de l’équipe client à promouvoir et gérer son projet. Pour une industrie, en dehors de l’ERP, un projet MES est le projet le plus structurant avec un impact majeur sur la production. Il concerne l’ensemble des opérateurs et l’encadrement de production.